Histoires de randonnées "per los chamins de Perigord"

Elements de toponymie

Panneau_La_coquille Les noms de lieux (ou toponymes) constituent une composante essentielle de l’identité occitane du Périgord ; leur étymologie nous offre en effet un témoignage historique d’une grande richesse et nous enseigne sur de multiples facettes du patrimoine naturel, linguistique et culturel de ce pays.

Car en Périgord, la quasi-totalité des noms de lieux et de cours d’eau ont deux formes. L’une est la forme francisée, celle que vous rencontrez sur les cartes ou sur les panneaux, mais dont la fixation écrite et orale est rarement antérieure à la fin du XVIIIe siècle. L’autre est la forme occitane, dont la souche écrite figure très souvent dans les textes de l’époque médiévale, et qui s’est transmise de génération en génération.

Parmi les milliers de toponymes que recèle le Périgord, voici quelques spécimens choisis, comme autant de clés qui vous permettront d’entr’ouvrir les portes de cet immense domaine culturel.

Peut-être commencerez-vous votre randonnée en gravissant un « puy » ou un « pech » (en occitan puei ou puèg) : il s’agit des variantes limousine et languedocienne d’un même mot occitan signifiant « colline, coteau ». Issu du latin podium, ce terme est souvent suivi soit du nom d’un ancien propriétaire (Puei Rosseu = Puyrousseau ; Puèg Armant = Pécharmant), soit d’un déterminant distinctif (Puei Redond = Puyredon, la colline arrondie ; Puèg de l’Ase = Pech de l’Aze, la colline de l’âne).

Arrivés au sommet, dévalez jusque dans une « combe » (en occitan comba), vieux terme d’origine gauloise signifiant « vallon », ou désignant une simple dépression entre deux pueis ~ puègs. Pour se distinguer de ses congénères, la comba pourra également être suivie d’un nom de personne ou d’un déterminant (Comba Esteve = Combestève, le vallon d’Etienne ; Comba Negra = Combenègre, le vallon noir, sombre).

Si le temps n’est pas trop sec, vous y trouverez peut-être une « font » (en occitan font), terme le plus courant pour désigner une source, parfois malencontreusement francisé en « fond » ou « fons ».

De là, vous traverserez un bòsc (un bois, francisé en « bost », « bos » et même « beau »), mot d’origine germanique héritier de la période des grandes invasions. En Périgord, les bòscs sont si nombreux qu’on se doit souvent, là encore, de préciser leur appartenance ou leur particularité (Bòsc Maurin = Bost Maury, le bois de Maurin ; Bòsc Carrat = Boscarra, le bois de forme carrée ; Bòsc Vielh = Beauvieux, l’ancien bois ; Bòsc d’Infern = Bodifer, le bois d’enfer, mal exposé ou de sinistre réputation).

Arrivés à la lisière du bois, vous apercevrez un village ou un bourg. Si son nom se termine par -ac, il s’agit très probablement d’une ancienne villa gallo-romaine, vaste domaine agricole formé sur le nom du propriétaire avec le suffixe d’appartenance –acum. Par exemple, °Bassiliacum (le domaine de Bassilius) est devenu Bassilhac (Bassillac) et °Cupitiacum (le domaine de Cupitius) a donné Cujac (Cubjac).

Sur le même modèle, à l’époque médiévale, la langue occitane forma de nouveaux toponymes à partir du nom du propriétaire, mais suivi cette fois du suffixe -ia, au singulier et parfois au pluriel. Ainsi, La Gontariá (La Gonterie) était la ferme de Gontier, L’Aimariá (Leymarie) celle d’Aimar et Las Aisiás (Les Eyzies) gardent le souvenir de la famille Aitz.

Maintenant, à vous de jouer ! Munissez-vous de ces quelques clés et partez sur les chemins à la découverte des trésors toponymiques du Périgord…

Ecouter le nom des villages en occitan  http://communes-oc.dordogne.fr/

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