Histoires de randonnées "per los chamins de Perigord"

Petit herbier périgordin

Le Printemps
Renouveau d’une nature endormie, douceur et fragilité végétative, couleurs tendres ou timides nous accompagnent, nous entraînent pour une marche d’éveil : sortir de l’engourdissement hivernal.
Au petit matin, entre brume et rosée, la blancheur éclatante de l’anémone ou la violette odorante rehausse la timidité des verts émergeants. Il n’est pas difficile de rencontrer ces deux fleurs communes au détour d’un bois ombragé, d’une haie, d’un fossé… Pourtant, la pureté de la première se révèle toxique quand la fleur de la seconde est un mets délicat pour qui sait l’accommoder.
Fin avril, les premières orchidées colorent les prairies de pyramides et de bouffons roses, les sérapias tirent la langue à l’hiver. Toutes rivalisent d’ingéniosité pour soudoyer les insectes pollinisateurs.
Au bord des chemins, les chenilles fileuses couvrent le fusain d’un voile de soie et dévorent ses feuilles avidement, ce qui lui vaut une totale défoliation puis une nouvelle renaissance.

Anémone des bois, Anemone nemorosa

Anémone des bois Très toxique (jus des fleurs fraîches contient anémonine, poison utilisé par chasseurs sibériens).
Colonise lentement par rhizome.
Fleur face au soleil se recourbe quand il pleut pour protéger son précieux pollen.
Souvent en tapis dense.
Un peu partout en Dordogne en milieu ombragé.

Violette odorante, viola odorata
Violette odoranteCristallisée, c’est une friandise au parfum délicat contrairement aux autres violettes (des bois, sauvage ou hérissée) qui n’ont pas ou peu de parfum.
Sur sol varié plutôt calcaire et ombragé.
Plante mellifère ou à parfum, ses graines sont aussi appréciées des fourmis.

Orchis pyramidal, Anacamptis pyramidalis,

Orchis pyramidalCommune sur sol calcaire. Partout sauf au nord et dans la Double
Nom occitan « Pentecouste » dû à sa période de floraison.

Orchis bouffon, Orchis morio
Orchis bouffonPrésente partout en Dordogne sauf extrême nord,
Elle balise les bords de route dès la fin février, elle attire facilement les premiers pollinisateurs.

Sérapias Langue, Serapias lingua

Sérapias LangueOrchidée de petite taille, facilement reconnaissable à sa langue pendue.
Un peu partout mais nécessite un sol humide jusqu’à la floraison.

Eté
En Périgord, la diversité des paysages offre une défense acharnée à l’offensive lumineuse qui avive les contrastes et brûle les couleurs. Au nord, le chercheur de fraîcheur rencontrera la belle et dangereuse digitale pourpre quand les coteaux calcaires du sarladais se couvriront de chênes verts aux feuilles cuirassées.
Dans les cultures, les messicoles se joueront des étendues monotones, nielles des blés, coquelicots et liserons ponctueront le paysage de taches colorées. Mêmes les falaises inhospitalières font pousser en leur sein des plantes rupestres ornant creux, fissures et corniches. L’orpin et ses feuilles réserve d’eau se joueront des parois arides et aveuglantes quand les capillaires et autres fougères étaleront leur fronde à l’ombre de parois humides.
Enfin, les renoncules d’eau développeront leur tapis à fleurs blanches sur les eaux miroitantes des rivières servant de support aux demoiselles métalliques.

Digitale pourpre, Digitalis purpurea
Digitale pourpre
Principalement dans le nord et le nord-est du Département
Sol acide et plutôt frais
Ombre et lumière
Contient de la digitaline, poison aussi employé pour ralentir les battements cardiaques…

Le capillaire des murailles, Asplenium trichomanes

Le capillaire des muraillesC’est une fougère qui pousse à l’ombre dans des endroits souvent humides le plus souvent sur les sols calcaires. Elle est commune et n’a pas besoin de beaucoup de terre ce qui fait qu’on la retrouve souvent dans des lieux insolites

Les messicoles ou Fleurs des champs,

Les messicoles ou Fleurs des champsNielle des blés, coquelicots et liserons
Elles ont développé des systèmes de reproduction leur permettant de résister aux travaux superficiels du sol liés à l’agriculture. Ainsi le liserons rampe, résiste au fractionnement et peut aussi développer des racines très profondes (>2m), un coquelicot peut produire 50 000 graines en très peu de temps (avant labour). Enfin leurs graines gardent leur pouvoir germinatif de 10 à 40 ans.

Sedums (crassulacees)

SedumsL’orpin fait partie de cette famille de plantes grasses, vivaces aux fleurs souvent colorées poussant sur les murets et falaises. Leurs feuilles stockant l’eau leur permettent de résister à l’aridité de leur habitat.

L’Automne
Les oiseaux s’en vont, le vrombissement entêtant des insectes se fait plus calme mais la nature, généreuse, cherche à prolonger le spectacle pour le plaisir du marcheur : ses lumières révèlent les derniers verts dilués dans une palette d’ocres, de sanguines et de bruns à faire pâlir n’importe quel artiste. Elle nous offre ses derniers fruits et merveilles comme pour préparer quelques festivités, puis un repos bien mérité.
Dans le bergeracois, le raisin accumule sucre, arôme et tanin alors que le manteau de feuille nourricier se pare de sa belle robe de feu.
Les forêts du Périgord savent préserver leurs fruits. Le châtaignier couvre de feuilles acérées ses fruits déjà bien protégés dans leur épineux étui quand le cèpe, trésor des bois, sait se faire mimétique et discret… L’humilité, la patience et le respect sont de mise pour celui qui souhaite en bénéficier et les plaisirs sont alors exacerbés dans la cueillette et dans l’assiette.
Des nappes de brouillard s’élèvent sur les étangs de la Double séparant les rideaux paille de molinie et les cimes découpées de pin maritime tel des fantômes flottant dans le ciel gris.

La Molinie bleue, Molinia caerulea

La Molinie bleueGraminée des zones humides et au sol acide. Elle forme des « touradons » (monticules) dans les zones très humides.
Très présente dans la Double aux abords des étangs ou en forêt de pins clairsemés, elle abrite durant l’hiver la chenille d’un papillon menacé à l’échelle européenne : le Fadet des laîches.

Chênes verts, Quercus ilex

Chênes vertsEspèce à affinité méditerranéenne principalement présent sur les coteaux calcaires du sud-est du Département.
C’est un chêne de petite taille souvent tortueux qui garde son feuillage l’hiver.
Ses feuilles font penser à celles du houx.
Bois très dur qui servait entre autre de « semelle » aux sabots de bois.

L’Hiver
La nature s’endort comme fatiguée d’une activité trop intense. Les paysages se drapent de lumières rasantes, les ombres des haies, falaises et clochers s’allongent sur les champs, les vallées et les rivières gonflées. Le promeneur bien emmitouflé, profitera d’un calme rare et de camaïeux nuancés.
Quelques espèces se distinguent encore pourtant. Le pudique chêne tauzin, ne se déshabille pas comme si sa chrysalide de feuille morte ne se fendait qu’avec l’émergence de sa nouvelle parure de printemps. Les autres chênes aux branches dénudées laissent apparaître le lierre affublé de maux et de fausses idées. Il est pourtant le refuge de nombreuses espèces offrant gîte et couvert. Ne se servant des arbres que de supports, il ne parasite par sa couleur que le décor de la forêt ensommeillée. Ses baies murissant à la fin de l’hiver sont une vraie aubaine pour les passereaux affamés.
L’hiver met aussi en lumière des plantes comme le Houx et son faux-frère le Fragon dit « Petit houx » qui n’ont en commun que l’intensité du rouge de leur baies et la blessure de leur dard aiguisé.
Le printemps est bientôt là, c’est reparti pour un tour.
Par les chemins et vallées, par les plateaux et forêts, le long des falaises ou des serpents argentés, pas après pas, le temps vous appartient, vous découvrez à chaque saisons les visages multiples du Périgord…

Chêne tauzin, Quercus pyrenaica
Chêne tauzinChêne présent principalement dans le grand sud-ouest du département.
Ses feuilles sont très découpées et veloutées (pubescentes) sur les deux faces.
Elles flétrissent sur l’arbre sans tomber avant l’ouverture des nouveaux bourgeons.
Il produit un excellent charbon de bois.

Le capillaire des murailles, Asplenium trichomanes

Le capillaire des muraillesC’est une fougère qui pousse à l’ombre dans des endroits souvent humides le plus souvent sur les sols calcaires. Elle est commune et n’a pas besoin de beaucoup de terre ce qui fait qu’on la retrouve souvent dans des lieux insolites

Fragon, Ruscus aculeatus
FragonC’est un arbrisseau de 70 cm environ que l’on trouve en forêt, chênaie, charmaie, plutôt bien exposé (thermophile). Il dispose de rhizome lui permettant de coloniser le milieu.
Feuillage vert foncé constitué de petites feuilles pointues et très piquantes.
Il produit des baies rouges décoratives mais toxiques

Fusain d’Europe, Euonymus europaeus

Fusain d’EuropeLe fusain est un arbuste commun et reconnaissable à sa tige quadrangulaire
Ses beaux fruits roses et toxiques sont parfois nommés « bonnet d’évêque »
Les tiges pelées et carbonisées dans une boite de conserve fermée par une feuille de papier aluminium donne des crayons de fusain très appréciés des artistes. Petite astuce, faite un trou dans le papier d’aluminium, le fusain est prêt lorsqu’au contact d’une flamme la fumée qui se dégage du trou s’enflamme.
En Dordogne, il est aussi connu sous le nom de « croque-pou (lo cròca-peuhl en oc) : écorce et fruits séchés réduits en poudre servaient autrefois d’insecticide contre les parasites externes